Les abus/traumatismes mênent-ils au BDSM ?

Oct 01
Les abus/traumatismes mênent-ils au BDSM ? 01 Octobre 2021 Larry

En faisant des recherches sur le BDSM, sur YouTube, j'ai regardé hier une vidéo d'un « psy » qui parlait du BDSM « sain ».

Bon, sa présentation n'était pas la pire que j'aie jamais vue, mais il y avait des problèmes, notamment, même s'il avait eu l'occasion de travailler avec des patients et patientes ayant des tendances au fétichisme et/ou au BDSM, il manquait CRUELLEMENT de recul, et notamment si fiait bien trop à certaines croyances de la psychiatrie qui perdurent encore, malheureusement (j'en dénonce un certain nombre dans un article sur la psychiatrie face au BDSM).

Il modérait nettement son discours, et essayait clairement de faire passer un message d'ouverture et de tolérance pour les personnes qui ne connaissent pas ce genre de choses, notamment, il expliquait que ce n'était pas « mal » en soi d'avoir ces envies ou pratiques.

Les commentaires sous la vidéos, c'était une autre histoire : PLEIN de délires, préjugés et autres, au milieu de témoignages de gens faisant du BDSM. TOUS les préjugés (toxiques), mythes et stéréotypes y passaient. Et ne parlons pas des messages dans le « chat » qui était affiché pendant sa vidéo (enregistrée pendant un « streaming »). Pas beau à lire, tout ça, les préjugés ont la vie dure, même après avoir entendu un message positif comme le sien !

Une des choses dont il a parlé, c'est la relation entre les abus/traumatismes et le BDSM. Il était très réservé dans son jugement, disant essentiellement qu'on ne savait pas vraiment ce qu'il en est.

Là, je n'ai pas compris ses hésitations : il est CLAIR que pour la majorité des gens, le BDSM n'a RIEN à voir avec des problèmes d'abus, pendant l'enfance (ou autres).

Ce n'est pas la première fois que je vois passer ce sujet, j'en ait même déjà parlé plusieurs fois avec des personnes qui m'avaient contacté sur mon site.

Pour le prouver, c'est simple :

  • d'abord, le BDSM est si répandu que c'est presque anormal de ne pas avoir de fantasmes de ce type, alors comment les abus viendraient-ils se fourrer là-dedans ? (Voir ma page de stats). Il n'y a qu'à voir autour de soi, dans des Mucnhs ou sur des forums, pour voir que ça n'a aucun sens...
  • des études sur le sujet ont clairement montré que le lien de cause à effet n'existe pas.
  • plein de gens qui ont subi des abus ne font pas de BDSM.
  • RIEN ne prouve que les gens qui ont subi des abus ou traumatismes et qui font du BDSM n'en auraient pas fait si les abus n'avaient pas existé. Et vu à quel point le BDSM est répandu, ce serait sûrement fréquent.

En fait, le problème de fond, c'est toujours le même : les préjugés infligés par les psychanalystes et psychiatres depuis le 19e siècle, qui parlaient (et parlent encore trop souvent) de choses qu'ils ou elles ne comprenaient PAS. C'est un problème bien connu pourtant : les patients ou patientes qui vont consulter des psy ne sont PAS des personnes représentatives de la population intéressée par le BDSM. Dans le même ordre d'idée, on prend ENCORE en compte une PETITE partie des gens qui font du BDSM : les plus visibles et surtout les pratiques de type SM. Ne venez pas nous dire que mettre un bandeau sur les yeux de son ou de sa partenaire, ou une petite fessée, sont le résultat d'abus, ça n'a AUCUN SENS. Mais si on part de l'idée que « tout est pervers » à part le sexe à but de procréation, évidemment, il faut bien trouver une explication. Et la tentation était forte de faire des raccourcis (stupides) avec les idées du type Freud et autres...

Ce n'est pas un sujet anodin !

En effet, ce mythe MAJEUR, a des conséquences profondes :

  • il encourage l'idée que le BDSM est une maladie, une pathologie, ou la résultante de problèmes mentaux, ce qui mêne à une stigmatisation (par la justice et les médecins, entre autres) des gens qui en font ou voudraient en faire,
  • il a un effet TOXIQUE sur les gens qui ont subi des abus : en leur présentant (à tort) le BDSM comme étant une conséquence des abus, on les empêche de vivre leurs envies, et ça, ça les culpabilise et ça leur porte un sournois préjudice. C'est un problème bien connu, mais trop peu souvent évoqué. (Le médecin dans la vidéo en parlait, chose rare).

Personnellement, je pense qu'il est carrément DOUTEUX que les envies BDSM soient la conséquence d'abus, de mauvaises expériences, etc. À part peut-être dans quelques cas rares ? Mais c'est à mon avis, de façon générale, une CROYANCE absurde (et toxique), et il serait bien qu'on puisse s'en débarrasser...

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